Griffes d'Annette

Trouver la trappe secrète, insoupçonnée…

"Emerveillement, extase, épiphanie et transfiguration (…) Bénédicte Ombredanne m’a répondu qu’elle aussi aspirait à la même chose et c’est pourquoi elle se projetait souvent dans cette histoire de marcheur déshydraté. Chaque matin, en sortant de chez elle, elle espérait qu’une trappe insoupçonnée lui serait révélée pendant la journée par une quelconque circonstance miraculeuse de sa vie quotidienne, alors elle s’éclipserait subrepticement par cette trappe pour sortir du monde réel, elle emprunterait l’escalier et descendrait doucement dans les profondeurs de ce spectacle insipide qu’était devenu pour elle-même depuis de nombreuses années le déroulement de sa propre existence, à la suite de quoi, après un temps d’excitation plus ou moins long, au terme de cette descente dans les tréfonds de sa vie intérieure, au coeur de la réalité rocheuse du temps présent, elle connaîtrait la même sidération que le marcheur de l’Isle Adam dans les sous-sols de sa banale auberge de campagne, une expérience sensitive insensée.
Voilà à quel miracle elle aspirait chaque jour, voilà l’urgence à laquelle l’avait durablement rappelée la lecture de mon roman : retrouver son propre éclat, le retrouver au plus profond d’elle-même comme le marcheur déshydraté découvre l’éblouissement d’un spectacle mirifique sous le plancher d’une vieille auberge, au coeur même de la roche. C’est cet impératif qui doit filigraner nos pensées tandis que le temps passe, que nos journées s’effritent, que nous voyons des silhouettes inconnues s’agiter dans la rue, tandis que tombe la pluie et qu’on s’absorbe dans l’examen de son reflet dans les vitres d’un autobus, un reflet indulgent.
Cet autobus nous ramène à la maison dans la même nuit épaisse (…), dans la même nuit cinglante que si cet autobus nous arrachait à notre réalité pour nous conduire à travers l’obscurité vers une région inconnue, aux confins du réel, exactement comme un bateau dans les embruns d’une mer hostile, une mer hostile mais attirante. Attirante ? Vous me demandez, Eric, pourquoi je trouve cette mer hostile attirante ? Je vais vous le dire : en raison de ces lointaines profondeurs  invisibles, noires, épaisses où peuvent s’étendre les échos de nos rêves. Rien n’est pire que le dur des surfaces planes, que le tangible des surfaces dures, que l’obstacle des écrans qui se dressent, sauf si des films y sont projetés. Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il est envisageable de s’engloutir, de se dissimuler : l’amour et les forêts, la nuit, l’automne, exactement comme vous. Claquemurées dans la résignation depuis tellement d’années, ses ambitions pour le bonheur - ses ambitions adolescentes - avaient beau avoir été violentées par la vie, elle les avaient ranimées récemment. Elle réclamait dès lors de chaque journée qu’elle lui prodigue une minute irradiante, une heure miraculeuse, une enclave d’émerveillement, un grand soupir extatique oublieux des tristesses de l’existence (…), une péripétie charmante, un instant romanesque, une éclaircie soudaine et pleine d’espoir (….)
Personne ne scrute son quotidien usé avec l’espoir que s’y révèle une trappe secrète.
C’est environné du réel le plus aride que se déploie le merveilleux, voilà ce que murmure votre roman…”

Extrait de “l’Amour et les Forêts” d’Eric Reinhardt et Photos de Laura Stevens…
 

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Il va falloir que j’aille fouiner du côté “des femmes qui s’en mêlent”…
J’ai beaucoup trop de lacunes en musique indépendante féminine (et pas seulement).

En plus, cet extrait est un prétexte à ajouter une jolie photo d’ElleMoss

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Je vais m’allonger comme ça et écouter ça : soit je sombre, soit un ange passe…
Olsen (Angel !), c’est terrassant comme un vieux Cohen…

Illustration : photo de Elle Moss (cf Mme Pastel)

A cette période de l’année et les perce-neige en particulier, elles me font toujours l’effet d’être “les survivantes d’un autre monde”….

Photos de Tartefine, tableau de Gordon Hopkins et papier peint vu sur Osborn et Little, je crois…

Du pareil au même…

Si j’ai bien écouté Christian Bobin hier à la Grande Librairie, il a dit, quand Busnel lui a demandé ce qu’était la Grande Vie (titre de son dernier livre) :
C’est la vie la plus difficile, car c’est la vie la plus simple, celle dont le tissu commun est le quotidien, c’est le trésor oublié qu’il y a partout….

Photo d’Anna Nemoy (merci Mme Pastel !) et peintures de Mélanie Parke

Le motif dans le motif,

le tableau dans le tableau et "Photo-photo", un roman "gigogne" :
je ne pouvais  que succomber et faire le rapprochement…

Et oui, Mme Pastel, j’ai aussi mes coups de coeur à la Gudrun Sjödèn ! 

Tableaux de Catherine Nolin, photo de Naji Kamouche pour la couverture du livre de Marie Nimier “Photo-Photo” chez Folio et au centre, photo collection Gudrun Sjodën du printemps dernier pour la maison…

A cause d’elle et de Mmepastel, je pense à lui

Mme Pastel a rencontré Anne Brouillard, illustratrice et pris contact avec son monde plein de rêves, de poissons volants, de chats, tantôt rassurant, tantôt effrayant… Elle a posté cette image du livre “Le rêve du poisson” et j’ai aussitôt repensé aux images du photographe de mode Tim Walker, qui n’aime ni la mode, ni la haute technologie photographique et qui transforme ses séries pour Vogue en contes (pour grands) et ses top-models en fées en cachant des frayeurs et des fantaisies d’enfants dans des corps d’adultes…

"Une clarté chaude et jubilatoire envahit mon corps. Mes pensées s’éveillent, elles perdent leur poids, c’est une expérience tout à fait concrète, mes pensées s’allègent et je continue de marcher, plus léger désormais…
Petit à petit, je le comprends, tu es heureux parce que tu marches”


Marcher (ou l’art de mener une vie déréglée et poétique), Tomas Espedal (Actes Sud)

Photos de Darius Klimczak

"Le sens du désordre"


avec un esprit à tiroirs, une volonté de détruire les frontières entre le texte et l’image, une capacité à construire des ponts fictionnels ou formels, à associer les images selon des protocoles de hasard pour qu’elles s’entrechoquent et prennent de l’épaisseur…

Peut-être bien que je suis pourvue de ce sens-là… Enfin, j’aimerais bien…

Extrait de l’émission du 12 septembre 2012, Pas la peine de crier, avec Marie Richeux et Philippe de Jonckheere.

Schéma de Philippe de Jonckheere 

"Montrer sans se montrer"

par le recyclage du quotidien…

C’est ce que Philippe de Jonckheere fait sur desordre.net et qu’il explique à Marie Richeux dans “Pas la peine de crier” et que je recherche vaguement avec Griffes. Oui, c’est ça, je crois…

Illustrations de Yusuke Yonesu