“Une clarté chaude et jubilatoire envahit mon corps. Mes pensées s’éveillent, elles perdent leur poids, c’est une expérience tout à fait concrète, mes pensées s’allègent et je continue de marcher, plus léger désormais…
Petit à petit, je le comprends, tu es heureux parce que tu marches”
Marcher (ou l’art de mener une vie déréglée et poétique), Tomas Espedal (Actes Sud)
Photos de Darius Klimczak
“Le sens du désordre”
avec un esprit à tiroirs, une volonté de détruire les frontières entre le texte et l’image, une capacité à construire des ponts fictionnels ou formels, à associer les images selon des protocoles de hasard pour qu’elles s’entrechoquent et prennent de l’épaisseur…
Peut-être bien que je suis pourvue de ce sens-là… Enfin, j’aimerais bien…
Extrait de l’émission du 12 septembre 2012, Pas la peine de crier, avec Marie Richeux et Philippe de Jonckheere.
Schéma de Philippe de Jonckheere
“Montrer sans se montrer”
par le recyclage du quotidien…
C’est ce que Philippe de Jonckheere fait sur desordre.net et qu’il explique à Marie Richeux dans “Pas la peine de crier” et que je recherche vaguement avec Griffes. Oui, c’est ça, je crois…
Illustrations de Yusuke Yonesu
Déambuler dans le quotidien des autres…
J’ai découvert ces photos d’appartements d’anonymes comme vous et moi sur le site de Mieke Verbijlen ; c’est un peu mon “desordre.net” à moi, un moyen de déambuler dans des états d’être différents et de satisfaire ma curiosité…
“Il n’y a pas d’ici”
Je l’ai gardé, ce n° de janvier du Monde “Dossiers et Documents” sur le besoin d’ailleurs.
Et voilà que, déjà, je le ressors pour vous, à cause des photos de Rebecca Reeve découvertes ici . A chacun, sa façon de faire le lien entre ses émotions successives :
“Ces mondes qui m’attendaient par-delà l’horizon, voilà que je les découvrais, presque en même temps, dans la malle au trésor d’un grenier poussiéreux, et chaque livre trouvé là était comme une porte qui ouvrait sur des mondes, où je m’aventurais, le coeur battant… Je peuplais de mes songes mon petit coin de Bretagne et il me semblait que le monde s’agrandissait alors, où je respirais mieux.
“Le Dehors guérit” aimait à répéter Robert-Louis Stevenson. (Guérit) De son trop plein de soi, de l’usure des jours, de la répétition du Même qui fait que peu à peu nous ne voyons plus rien de ce que nous regardons. Le langage courant n’en garde-t-il pas la trace ? On part “pour se changer les idées”, pour “faire peau neuve”, on se met “en vacance” - pour la chance, veut-on croire, de renaître, se retrouver, éprouver en somme qu’il est en nous “un texte” qui ne se réduirait pas à ces “contextes”…
L’ailleurs guérit : fascinante est la permanence, à travers les âges et les cultures, de ces lieux d’élection où trouver, pense-t-on apaisement et ressource, hauts lieux spirituels, sources bienfaisantes, fontaines guérisseuses… C’est moins le lieu qui importe, dans l’affaire, que la sortie de soi et le mouvement vers lui.
Nous ne sommes pas d’ici…
…Nous habitons nos songes, nous peuplons le monde de nos fictions, nous attendons de l’autre qu’il fasse irruption dans le monde, nous emporte, nous conduise à nous-mêmes, empêche que l‘“ici” se referme sur chacun en prison.
Il n’y a pas d’ici.”
Extraits tu texte de Michel Le Bris en page 1 du dossier
Au lit mais sculpturale…
Cette photo de Maia Flore s’appelle “Saturday” et ça tombe plutôt bien…
- Elle est blanche. C’est donc une poésie. Une poésie d’une grande pureté.
Elle fige la nature et la protège. C’est donc une peinture. La plus délicate peinture de l’hiver.
Elle se transforme continuellement. C’est donc une calligraphie. Il y a dix mille manière d’écrire le mot neige.
Elle est une surface glissante. C’est donc une danse.
Sur la neige, tout homme peut se croire funambule.
Elle se change en eau. C’est donc une musique. Au printemps, elle change les rivières et les torrents en symphonies de notes blanches.
- Elle est tout cela pour toi ? demanda le prêtre.
- Elle représente bien plus encore.
Cette nuit-là, le père de Yuko Akita comprit que le haïku ne suffirait pas à remplir les yeux de son fils de la beauté de la neige.
Neige, Maxence Fermine, Arléa
Photos de Michael Kenna
Une berceuse, un livre, une image… et surtout la neige !
Si avec ça, vous ne dormez pas !
- La berceuse (Sakura) est japonaise. “Yuku” qui veut dire neige en est le titre.
- Le livre à faire fondre en une vingtaine de minutes sous la couette, c’est aussi “Neige” de Maxence Fermine :
“La neige est un poème.
Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.
Il porte un nom. Un nom d’une blancheur éclatante.
Neige” …
“Je suis Yuko, le poète de la neige.
Mes poèmes sont beaux mais d’une blancheur désespérante.
- Maître, apprenez-moi à peindre, apprenez moi la couleur.
Soseki sourit et répondit :
- Apprends-moi d’abord la neige”
- Enfin, l’image est une photo de la série “Midwinter night”d’Anna Aden.
Bonne nuit.
“Rien que du blanc à songer”
Arthur Rimbaud (Photos de Vladimir Zivkovic)
“Ouvrir son propre chemin”…
Contrairement à Sils qui fait l’admiration de Jenny dans le livre de Claudie Hunzinger parce qu’il voit partout des chemins et qu’il ouvre le sien propre, ce matin, j’ai encore suivi une route toute tracée vers la société… Pas bien fière…
Illustration : Photo d’Anna Aden