L’homme du dedans et “la femme du dehors”, solidarité mystérieuse
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Elle préférait à la télévision les veillées couvertes de la brume autour d’une mare, sans dire un mot, ou bien contempler les canots à moteur et les sardinières, en contrebas, flottant sur la mer.
Elle avait fini par préférer aux pharmaciens et aux touristes les goélands et les petits moineaux.
Sa folie était d’autant moins grave que ses crises d’angoisse avaient peu à peu disparu, du moins dans la durée.
Son regard restait noir et fixe. Elle semblait sourire à des pensées, à des scènes internes, à des paysages dont elle se souvenait, à des rêves qui l’enchantaient.
A genoux dans les rochers, la tête penchée en avant. Un tee-shirt blanc, un caleçon gris. Je voyais ses fesses s’élever. Je m’approchai. Ses lèvres touchaient l’eau. Elle lapait l’eau de mer, lançant la langue dans l’eau. Ce même jour, quand je la retrouvai dans la cuisine pour déjeuner, je lui dis :
- Je t’ai vue tout à l’heure. Tu ne devrais pas boire l’eau de mer. C’est sale. C’est extrêmement salé.
- Oui c’est salé. J’aime bien. J’en bois une petite gorgée par jour.
- Par jour ?
- Oui chaque jour avant de déjeuner.
- Tu te rends compte que cette eau est dégueulasse ?
- Si la mer est dégueulasse, mon pauvre Paul, alors je veux bien être dégueulasse.
(Pascal Quignard, Les solidarités mystérieuses, Gallimard)
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