Griffes d'Annette

“Pigeon vole”…

avec des ailes brisées ?

Malgré les critiques sévères dans l’ensemble, j’ai l’impression que ce film me plairait :
Anne, interprétée par Sandrine Kiberlain dans le film « L’Oiseau » d’Yves Caumon, «est un personnage vidé de l’intérieur, une jeune femme qui vit, pour des raisons qu’on ignore au premier abord, son existence au ralenti absolu, enfermée en elle-même, le corps replié, l’âme claustrée.
En dépit de la beauté du pont qui enjambe la Garonne, en dépit des relations qui la rattachent à ses collègues, la répétition des plans qui la font aller et venir entre son domicile (épluchage de carottes, insomnies tenaces) et son travail (aseptisation d’un restaurant d’entreprise, insensibilisation à la vie sociale) accentue ce sentiment de solitude, en même temps qu’elle en accuse le mystère.
Engourdis
Tout le début de ce film, grâce à un travail subtil sur l’économie des dialogues et l’hyper-présence des sons, tend à nous faire adopter les mécanismes perceptifs de cette femme, à nous faire ressentir le monde par le prisme de ses sens engourdis, à nous le faire regarder depuis ce point de souffrance auquel se réduit son rapport à l’extérieur. Pourquoi se refuse-t elle au monde ? Quelle peine indicible, quel gouffre existentiel l’ont-ils amenée à ce point de perte de soi-même ? L’explication sera longue à venir, et la manière de la suggérer peu commune.
Yves Caumon l’esquisse avec beaucoup de délicatesse, de manière délibérément ténue, comme si certains événements, par la profondeur de la détresse qu’ils mettent en jeu, défiaient la capacité de l’art à s’en approcher, plus encore à prétendre les reconstituer. Tout au plus saura-t-on qu’un drame atroce a eu lieu, entraînant la perte d’un enfant et la ruine du couple qui l’a vu naître. Rien de plus, surtout pas une once de psychologie ou de mélodramatisation.
Le drame, le réalisateur préfère le faire passer par la bande, quelque part du côté de l’incarnation et de la mystique chrétienne. C’est d’abord un bruit mystérieux, persistant, derrière la plinthe du salon, c’est la démolition de la paroi et la découverte de l’oiseau qui y niche, c’est l’annonce enfin, avec la présence mystérieuse de ce volatile, que quelque chose pourrait bien commencer à bouger”… (Le Monde)

  1. griffes a publié ce billet