“Bol d’art”
En lisant ce passage du livre de Quignard “Les Solidarités Mystérieuses”, j’ai été très sensible à la peinture de Dominique Neyrod qui n’est pourtant pas bretonne, à ses arbres, à “son” vent, au foisonnement interne et aux vibrations que provoque la rage des traits :
“Un jour, elle m’expliqua que le paysage, au bout d’un certain temps, soudain s’ouvrait, venait vers elle et c’est le lieu lui-même qui l’insérait en lui, la contenait d’un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches et elles y étaient retenues. Une fois, qu’elle était complètement vide le lieu s’étendait devant elle autant qu’il parvenait à s’étendre devant elle. Les feuillages se développaient. Un mulot avait surgi et s’était approché de ses genoux. Une chouette s’était posée sur une roche couverte de lichen jaune et ni l’un ni l’autre n’avait ressenti de crainte ni de menace. C’était comme si elle n’était plus un être humain, somme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres, le danger d’un être humain, ou d’un prédateur ou d’un destructeur. Les odeurs s’avançaient jusqu’à elle, toutes reconnaissables, plus opulentes - de terre, de menthe, de noisetier, de fougère, de mousse.”