Griffes d'Annette
La fantaisie, le pied !
7h42, le 2 novembre : la voix de Le Clézio… Ses propos, grosso modo…
Jean-Marie Gustave Le Clézio était l’invité “des Matins” émission de France Culture animée par Marc Voinchet, mercredi 2 novembre pour y parler de son livre "Histoire du pied et autres fantaisies" :
"La littérature est comme une bouche de métro, c’est une aventure dont on ne sait jamais vraiment où elle va nous mener, sur quoi elle va déboucher. Et le métro, ce lieu de trivialité, est un paroxysme d’émotions en un temps très court comme la littérature. C’est un lieu de rencontres forcées, source d’émotions."…
Au sujet du Pied : “La littérature est un regard qu’on porte sur une particularité du monde ou des êtres humains ou de la psychologie et qui permet d’agrandir un point précis. Partant du pied, cette partie du corps la plus méprisée, j’ai remonté jusqu’à la tête, au cerveau, aux sensations, aux sentiments”.
Au sujet de la fantaisie : “Mauvais élève, j’étais qualifié par les professeurs de “fantaisiste”… J’ai très confiance dans la fantaisie. C’est une bonne approche du monde et des autres. Une approche par instinct, par sursauts, par rebonds et non pas par logique”. A rapprocher de l’improvisation musicale et de la “fantaisie” à laquelle, Bernard Pivot fait référence quand il parle de l’écriture de ce livre…
Le Magazine Littéraire au sujet du livre (extraits de critique) :"Voici Ujine aux gros orteils, aux doigts de pieds boudinés, qui marche avec les talons comme un canard. Son histoire donne son titre au recueil de nouvelles. Elle va apprendre à vivre «sur les pointes». Sur les pointes, elle va aimer, être possédée, désaimer et lutter pour ne pas être dépossédée de son enfant. Ujine, dont tous les muscles sont tendus et qui parvient à être souple comme une liane. Tendue vers cet absolu qu’est l’amour, mais souple quand le vent mauvais de la trahison souffle. Quelle est la meilleure façon de marcher ? Se dresser sur des constructions branlantes au risque de glisser sur les pavés mouillés, au risque de se rompre les ligaments quand un des talons est pris au piège de grilles ou de terrasses en caillebotis ? Ou, simplement, être à plat, prendre le sol pour époux : « Après le sommeil (l’amour, le rêve). “Bonjour !” L’étonnement du premier contact. » L’amant d’Ujine est délicat, ses pieds sont longs et minces, il s’excuse de tout, respecte les interdits, impose des règles à leur relation comme un gentleman. C’est un jeu, pense-t-elle. Non, c’est un leurre. Cette distance polie est de l’indifférence, ces lois qu’il impose sont celles d’un goujat indolent. Et s’il n’extériorise jamais ses sentiments, s’il se met rarement en colère, c’est tout simplement parce qu’il est lové sur lui-même comme le serpent. Chacune de ces dix nouvelles comporte un mécanisme parfait où le lecteur va se retrouver désorienté, obligé de reprendre le sentier jusqu’à ce moment précis où le récit bascule. Et souvent les masques tombent non pas pour laisser place aux visages, mais à d’autres masques «de cartons bouillis ou de vieux cuir, avec deux fentes par où bouge le regard…”

La fantaisie, le pied !

7h42, le 2 novembre : la voix de Le Clézio… Ses propos, grosso modo…

Jean-Marie Gustave Le Clézio était l’invité “des Matins” émission de France Culture animée par Marc Voinchet, mercredi 2 novembre pour y parler de son livre "Histoire du pied et autres fantaisies" :

"La littérature est comme une bouche de métro, c’est une aventure dont on ne sait jamais vraiment où elle va nous mener, sur quoi elle va déboucher. Et le métro, ce lieu de trivialité, est un paroxysme d’émotions en un temps très court comme la littérature. C’est un lieu de rencontres forcées, source d’émotions."…

Au sujet du Pied : “La littérature est un regard qu’on porte sur une particularité du monde ou des êtres humains ou de la psychologie et qui permet d’agrandir un point précis. Partant du pied, cette partie du corps la plus méprisée, j’ai remonté jusqu’à la tête, au cerveau, aux sensations, aux sentiments”.

Au sujet de la fantaisie : “Mauvais élève, j’étais qualifié par les professeurs de “fantaisiste”… J’ai très confiance dans la fantaisie. C’est une bonne approche du monde et des autres. Une approche par instinct, par sursauts, par rebonds et non pas par logique”. A rapprocher de l’improvisation musicale et de la “fantaisie” à laquelle, Bernard Pivot fait référence quand il parle de l’écriture de ce livre…

Le Magazine Littéraire au sujet du livre (extraits de critique) :
"Voici Ujine aux gros orteils, aux doigts de pieds boudinés, qui marche avec les talons comme un canard. Son histoire donne son titre au recueil de nouvelles. Elle va apprendre à vivre «sur les pointes». Sur les pointes, elle va aimer, être possédée, désaimer et lutter pour ne pas être dépossédée de son enfant. Ujine, dont tous les muscles sont tendus et qui parvient à être souple comme une liane. Tendue vers cet absolu qu’est l’amour, mais souple quand le vent mauvais de la trahison souffle.
Quelle est la meilleure façon de marcher ? Se dresser sur des constructions branlantes au risque de glisser sur les pavés mouillés, au risque de se rompre les ligaments quand un des talons est pris au piège de grilles ou de terrasses en caillebotis ? Ou, simplement, être à plat, prendre le sol pour époux : « Après le sommeil (l’amour, le rêve). “Bonjour !” L’étonnement du premier contact. » L’amant d’Ujine est délicat, ses pieds sont longs et minces, il s’excuse de tout, respecte les interdits, impose des règles à leur relation comme un gentleman. C’est un jeu, pense-t-elle. Non, c’est un leurre. Cette distance polie est de l’indifférence, ces lois qu’il impose sont celles d’un goujat indolent. Et s’il n’extériorise jamais ses sentiments, s’il se met rarement en colère, c’est tout simplement parce qu’il est lové sur lui-même comme le serpent.
Chacune de ces dix nouvelles comporte un mécanisme parfait où le lecteur va se retrouver désorienté, obligé de reprendre le sentier jusqu’à ce moment précis où le récit bascule. Et souvent les masques tombent non pas pour laisser place aux visages, mais à d’autres masques «de cartons bouillis ou de vieux cuir, avec deux fentes par où bouge le regard…”

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